Le village de Chattancourt au travers de l'histoire

 

Chattancourt est un village entouré de collines, qui se situe au début du massif de l’Argonne. Le village est traversé par un petit ruisseau qui se jette dans la Meuse. A proximité, la colline du Mort-Homme est haute de 295m sur 1 kilomètre de large. Deux légendes coexistent à propos de cette colline : soit c’était l’emplacement du corps d’un inconnu retrouvé autrefois, soit c’était un lieu de potence au Moyen-Âge.

Chattancourt existait déjà dès le Xe siècle sous le nom de Castonis Curtis, l’église y est mentionnée dans la dotation de l’abbaye Saint-Vanne de Verdun en 952. Certains documents et la mise au jour de constructions datant de cette époque nous indiquent que c’était une bourgade importante.

Au XVIe siècle, les villages de Chattancourt et Cumières étaient sous la domination du seigneur Gilles de Trèves, fondateur du collège de Bar-le-Duc en 1582.

Lors de la guerre de Trente Ans, Chattancourt fut ravagé par les suédois en 1636. En 1756 on ne comptait alors plus qu’une quarantaine de maisons dans cette commune lors d’un recensement.

Au début du XIXe siècle, le village est traversé par les soldats de Napoléon, certaines unités y cantonnent comme le 25e de Ligne.

En 1906, le clocher du village est en ruine, 1000 francs de l’époque sont empruntés pour les travaux de restauration achevés en 1913. A cette époque le village est composé de plusieurs petits commerces (moulin, poste, laiterie ….) et d’une gare. Pour consulter un médecin, les habitants devaient se rendre à Charny, chef-lieu de canton qui se situe à 8 km. Il était de même pour les notaires.

A la déclaration de guerre en 1914, plusieurs habitants du village sont appelés sous les drapeaux mais 27 d’entre eux ne reviendront jamais.

Août 1914, deux cavaliers allemands partis en reconnaissance font une intrusion à la sortie du village, sur la route qui mène à la colline du Mort-Homme. Ils ont demandé à deux jeunes garçons de remplir leur gourde à la petite fontaine. Ils seront les seuls allemands à pénétrer dans le village de toute la première guerre mondiale (excepté des prisonniers de guerre).

Le 29 août, les soldats français commencent à creuser des tranchées dans le secteur de Béthincourt.

En février 1915, à quelques kilomètres au Nord-Ouest Chattancourt, les allemands emploient pour la première fois de l’histoire, les lance-flammes dans le bois de Malancourt.

A partir de 1915, Chattancourt devient un village de l’arrière. Le 164e Régiment d’Infanterie ainsi que le 34e Régiment d’Infanterie Territorial y cantonnent. Plusieurs familles habitent toujours le village et la cohabitation se passe bien. En mars 1915, les premiers obus tombent et le clocher de l’église est touché. Le front se situe au Nord, à 2.5 km dans le village de Béthincourt. Malgré quelques attaques, le secteur est relativement calme à cette époque.

A partir du 23 juillet, le 34e Régiment d’Infanterie Territorial rejoint le front qui a pour mission de défendre le Mort-Homme et le bois de Cumières.

L’automne est catastrophique, les pluies torrentielles et les vents occasionnent des dégâts dans les tranchées (parapets écroulés, et boyaux inondés).

Le 26 novembre, entre 16h30 et 17h, Chattancourt connait sa première attaque au gaz. Dans l’obscurité, les soldats sont surpris car l’attaque est foudroyante. La première ligne à Béthincourt est sévèrement touchée. Une quarantaine de soldats sont tués sur le coup et plusieurs dizaines sont évacuées vers l’hôpital temporaire N°2. Beaucoup d’entre eux décéderont des suites des intoxications. L’alerte est générale jusqu’à 3 heures du matin. Chattancourt étant en 2e ligne, les soldats ont pu se protéger, ils ont eu le temps de mettre leurs masques à gaz. Cette attaque chimique est la première du secteur de Verdun.

Le 12 février 1916, la population civile de Cumières, Marre et Chattancourt est évacuée

Le lundi 21 février 1916 à 7h15, les allemands lancent leur opération qu’ils vont baptisée « Gericht » (Tribunal en allemand), leur objectif est prendre Verdun et de saigner à blanc l’armée française.

A 16h00, le même jour, 60 000 soldats allemands passent à l’attaque au Bois des Caures, qui se situe à une dizaine de kilomètre de Chattancourt. 1120 hommes des 56e et 59e bataillons de Chasseurs à Pied résistent tant bien que mal. Leur commandant, le lieutenant-colonel Driant y trouve la mort héroïquement le 22 février.

L’élan allemand est considérablement ralenti grâce à la puissance de feu des batteries française de la rive gauche de la Meuse et à leurs précisions. Les observatoires de la colline du Mort-Homme à Chattancourt et de la Côte 304 à Esnes-en-Argonne guident parfaitement les tirs des barrages français. Il devient clair pour les Allemands que leur progression sur la rive droite sera conditionné par la maitrise des hauteurs de la rive gauche.

Depuis février 1916, la rive gauche de la Meuse est placée sous les ordres du général Georges de Bazelaire (1858-1954). Dès la prise de commandement, il constate des lacunes dans le système défensif français. Le général remarque que les tranchées de premières lignes sont dépourvues de réduits. Pire que ça, les abris sont inexistants en secondes lignes. Il en ordonne l’aménagement immédiat. Dans les secteurs de Béthincourt, Chattancourt, Forges, Cumiéres, Esnes et sur les collines du Mort-Hommes et de la Côte 304, des nouveaux abris sont construit et les tranchées sont améliorer.

Le lundi 6 mars 1916 à 7h, les allemands lancent une attaque sur la rive gauche. Ils bombardent Forges et Regnéville dans un premier temps et ensuite le Mort-Homme et Chattancourt.

A 10h, les allemands traversent la Meuse par les villages de Brabant et Champneuville et réussissent à atteindre Forges avec Regnéville.

Dans la soirée ces deux communes sont prises. Par ailleurs les allemands sont tenus en échec dans le bois des Corbeaux et à la Côte 265.

Le lendemain, 7 mars, les villages de Cumières et Béthincourt sont violement bombardés. Dans Cumières, les combats sont acharnés. La Côte 265 est investie par l’ennemie. Pétain donne l’ordre : « Il faut tenir coûte que coûte la ligne de Malancourt à Béthincourt ».

Le 8 mars, à 5h30, le lieutenant-colonel Macker lance un bombardement sur les lignes allemandes.

Deux jours plus tard, les allemands partent à l’assaut du Mort-Homme. Le 92e Régiment d’Infanterie subit de lourdes pertes et le lieutenant-colonel Macker est tué lors d’un assaut.

La volonté de vaincre chez les allemands déculpe la puissance de l’artillerie grâce à l’aide notamment de l’aviation.

Le pilonnage d’artillerie allemand vise principalement le Mort-Homme, Chattancourt et le Bois Bourrus. Les français s’organisent. Leur artillerie est maintenant abritée au Bois Bourrus. Les divisions se relèvent, la transmission des ordres s’améliore, ce qui agace les allemands. Ces derniers bombardent sans relâche 72 d’heures d’affilés !

Le 14 mars 1916, les allemands s’emparent au Mort-Homme de la Côte 265 et de la partie Nord de la côte 295. De suite, ils érigent un infranchissable réseau de fil barbelé.

Depuis la Côte 304, les français bombardent les allemands. L’état-major allemand se rend compte qu’il ne pourra conquérir le Mort-Homme complétement sans la maîtrise de la Côte 304.

Le 20 mars, les allemands bombardent ces deux collines et les jours suivants s’acharnent à prendre les villages de Malancourt et Haucourt.

Le 9 avril, les allemands s’emparent complétement du Mort-Homme, et pour éviter toute contre-attaque française, ils les bombardent avec des obus gaz. Le même jour Pétain, lance son célèbre message « Courage, on les aura ! »

Les deux camps s’acharnent avec agressivité, en gagnant tantôt ou en perdant du terrain.

Le 8 mai 1916, la Côte 304 est à son tour prise par les Allemands.

Pour protéger, leur flanc Est, les allemands doivent occuper la crête qui surplombe le Nord du village de Chattancourt. Pour cela, il leur faut au préalable se rendre maître de Cumières, qu’ils bombardent sans relâche le 23 mai en anéantissant complétement un régiment français : le 254e Régiment d’Infanterie. Le 24 mai 1916, les allemands ont pris Cumières.

Le 29 mai, ils se rapprochent inexorablement de Chattancourt.

Sur la rive droite, la situation est tout aussi critique : le fort de Vaux tombe le 7 mai 1916.

Les allemands commencent à s’épuiser et à partir de fin juin, la situation de la rive gauche a très peu évolué.

Dans la nuit du 22 au 23 juin, les allemands bombardent avec des obus à gaz. Le 24 juin, ils font de même mais en se concentrant plus précisément sur Chattancourt et le Bois Bourrus.

S’ensuivent ensuite des attaques d’infanterie à la grenade et au corps à corps.

Peu de terrain est perdu par les français, mais toutes les ressources humaines et matérielles de la rive gauche sont monopolisées pour contenir les attaques allemandes. Le 24 juillet, Chattancourt est encore une fois la cible d’un bombardement violent.

Afin d’aménager leurs positions, les allemands creusent trois tunnels au Mort-Homme : Kronprinz, Gallwitz et Bismarck (ce dernier est appelé en allemand Runkel-Tunnel).

En décembre 1916, les français réussissent a dégagé une bonne parti de la rive droite de la Meuse, notamment avec la reprise des forts de Vaux et de Douaumont. Par ailleurs, les allemands conservent toujours des positions importantes sur la rive gauche : le Mort-Homme et la Côte 304.


Sur ces deux collines, jusqu’à l’été 1917, les combats se limitent à quelques tirs d’artilleries et à des coups de force de la part des troupes d’assauts. Le secteur devient relativement calme.

Mais à partir du 1er juin 1917, les allemands se remettent à bombarder les positions de la rive gauche : le Mort-Homme et Chattancourt. Après chaque bombardement, ils tentent de pénétrer dans les premières lignes françaises.

Ainsi jusqu’au début aout, les allemands continuent leurs frappes sur la rive gauche. Afin d’enrayer ces attaques, le commandement français décide de préparer une opération de grande envergure. Elle aura pour objectif de reprendre le Mort-Homme et la Côte 304. Les allemands sentent l’attaque, multiplient les coups de main sur le front, afin d’obtenir des prisonniers et de se renseigner.

Le 20 aout 1917 à 4h40, les vagues d’assaut françaises s’élancent de leurs tranchées suivi d’un barrage roulant d’artillerie. Les Zouaves, Tirailleurs et Légionnaires participent aussi à cette offensive.

La colline du Mort-Homme et les tunnels du Kronprinz et du Bismarck (Runkel-Tunnel) sont reconquis dès les premières heures de la bataille par des éléments du 81e 95e et 122e R.I. Le même jour, la Légion Etrangère s’empare de Cumiéres et Chattancourt est totalement dégager.